Vie de créatrice

Entre un agneau gourou et une aventurière iconique : les deux jeux par lesquels j'ai commencé à faire des lives

Je suis un peu émue parce que, pour écrire cet article, je dois repenser à mes premiers lives, aux cent questions que je me posais et à l'appréhension que j'avais avant de lancer le stream.

Mais revenons à nos moutons... et justement, héhé. Quand on se lance en live, tout le monde se pose la même question : je commence par quoi ? Peut-être que certains imaginent une réflexion stratégique, une étude du marché, un choix malin ? Dans mon cas, mes deux premiers jeux ont été Cult of the Lamb (2022) et Tomb Raider (2013), et le vrai point commun entre les deux, c'est que je les avais déjà dans ma bibliothèque.

Novembre 2022 : un agneau que je n'arrive pas à apprivoiser

Je découvre Cult of the Lamb en novembre 2022. Je ne l'ai pas acheté : quelqu'un de mon entourage me l'offre pour me remercier d'un service que je lui avais rendu. Un cadeau, donc, et un cadeau qui va compter.

Je tombe amoureuse de tout : la direction artistique, les sons, l'agneau. Tout me plaît.

Et pourtant, ça n'étonnera sûrement pas celles et ceux qui me connaissent : j'ai du mal à prendre le jeu en main. Ce n'est pas une question de morts. Mourir ne me dérange pas du tout, c'est même le principe du genre. Ce qui me bloque, c'est autre chose : je sens que je ne comprends pas tout. Comme d'hab, je ne lis pas vraiment les infos, et j'avance comme un petit bourrin...

Cult of the Lamb est un rogue-lite*, un genre auquel je n'avais jamais touché de ma vie. Le jeu combine deux systèmes : d'un côté, les donjons, avec leurs armes, leurs malédictions, leurs objets et les enchaînements qui vont avec ; de l'autre, la gestion du culte, avec les fidèles à nourrir, à loger et à soigner, la foi à entretenir, les rituels et les récoltes.

À chaque partie, je fais des choix dont je ne mesure pas les conséquences. J'avance sans vraiment comprendre ce qui fonctionne ou non. C'est ça qui me gêne : cette impression de jouer sans saisir la logique du jeu. Et pendant ce temps, tous mes adeptes meurent, haha. Alors je le mets de côté.


*Rogue-lite : type de jeu où l'on recommence depuis le début à chaque mort, dans des niveaux générés différemment à chaque partie, en gardant seulement une partie de sa progression.

3 octobre 2023 : le retour de l'agneau pour mon tout premier live

Presque un an plus tard, je prépare mon premier live gaming en solo. Et c'est vers lui que je reviens, précisément parce qu'il m'avait résisté. Parce que je reste curieuse, persuadée que je passe à côté de quelque chose de génial. J'aime apprendre, j'aime me challenger. Et j'ai une idée derrière la tête, un peu naïve : peut-être qu'en direct, on pourra m'aider à comprendre.

Il y avait aussi une fonctionnalité qui me faisait rêver. Cult of the Lamb propose une intégration Twitch, via l'extension Companion of the Lamb (page du développeur, en anglais) à activer depuis le tableau de bord. Une fois en place, un tirage au sort désigne un viewer qui peut créer son propre fidèle dans mon culte, le personnaliser et lui donner son pseudo : méga cool. Imaginez les membres de ma communauté installés dans ma secte, chacune et chacun avec son nom au-dessus de la tête, leur sort entre mes mains... mwhahaha.

Je n'ai jamais réussi à la faire fonctionner. Pas une seule fois. Ça vous étonne ? Si vous avez lu l'article où je raconte mes débuts, normalement non.

Encart Twitch de l'extension Companion of the Lamb invitant les spectateurs à rejoindre le culte du streameur
L'invitation que ma communauté n'a jamais vue.

Bien évidemment, ça ne m'empêche pas de faire entrer le chat dans ma secte à ma manière : je donne manuellement à mes adeptes les pseudos de celles et ceux qui sont présents pendant le live, héhéhé. Pour le reste, je fais ce que je sais faire : jouer quand même, mourir beaucoup et apprendre en direct devant tout le monde. Ce jeu est technique, vraiment intéressant, et il ne m'a rien épargné.

Tomb Raider : exactement l'inverse

Pour alterner les lives, je lance Tomb Raider, sorti en 2013. À l'inverse de notre agneau, c'est un jeu d'action-aventure à la troisième personne : une histoire qui se déroule du début à la fin, des zones à explorer, de l'escalade, du tir à l'arc, des tombeaux facultatifs pour les curieux. On loot** un max ! On y meurt aussi, évidemment, mais on reprend juste avant sa mort. On ne recommence jamais tout, et ce qu'on a gagné reste acquis.

Je l'avais déjà terminé toute seule sur mon canapé, bien sûr. C'est un jeu que je connais, que je maîtrise et sur lequel je me sens à l'aise. Je voulais simplement voir ce que ça donnait en live, refaire ce chemin avec des gens autour. Sa sortie date un peu, donc c'était aussi sympa de le refaire. Et puis il y a le fond de l'affaire : je suis fan des Tomb Raider des années 90. Lara, c'est une vieille histoire d'amour.

Alors oui, le jeu était déjà passé de mode. Et non, il n'est pas difficile à proprement parler : il n'y a pas de défi réel, et je ne m'en impose aucun. Mes viewers se plaignaient gentiment du jeu, d'ailleurs, et ils n'avaient pas complètement tort.

Mes trois premiers clips sur Tomb Raider s'appellent « Pro gaming skills 1 », « Pro gaming skills 2 » et « Pro gaming skills 3 ». Je vous laisse deviner le niveau de sincérité du titre.

Et le troisième, dans la foulée.


**Loot : le butin qu'on ramasse en jeu, ressources, munitions, pièces d'amélioration. « Looter », c'est fouiller chaque recoin pour ne rien laisser derrière soi.

La vraie raison, celle dont on parle moins

On peut habiller tout ça de stratégie : un jeu difficile pour montrer que j'apprends, un jeu maîtrisé pour assurer le spectacle. Ce serait joli. Mais il y a une raison plus terre à terre, et je préfère la dire.

À ce moment-là, ce n'est pas facile financièrement. J'ai perdu mon emploi au début de l'année. Les jeux coûtent cher, et je venais déjà d'investir dans du matériel. Alors j'ai commencé avec deux jeux que j'avais déjà, dont un qu'on m'avait offert.

À l'époque, je n'en parle pas du tout. Je ne sais pas si c'est par pudeur ou si je veux simplement me concentrer sur le positif : je peux lancer mes lives, jouer, et c'est déjà super. Aujourd'hui, j'en parle plus facilement, parce que c'est probablement le frein le plus silencieux quand on veut se lancer. On croit qu'il faut la nouveauté du moment, celle dont tout le monde parle. Mes deux premiers jeux étaient un titre indé de l'année précédente et un jeu de 2013. Ça n'a empêché ni ma communauté de continuer à se construire ni les clips de s'accumuler.

Ce que ma communauté m'a montré dès le départ

Voilà ce que je n'avais pas prévu. Sur ces premiers mois, les gens ne clippent presque jamais une réussite. Ils clippent mes cris, mes chutes, mes sursauts, mes réactions. Les titres de mes clips de l'époque, ce sont « AAAAH », « NANI », « Attention les oreilles », « Le saut », « je crois que Aude a eu peur ».

Mes viewers étaient là pour les interactions et le côté drôle, plus que pour le jeu lui-même. Ils me l'ont fait comprendre à leur manière, en choisissant quoi découper. Je n'avais pas encore vraiment défini mon format : dès le premier mois, ils étaient déjà en train de me le montrer.

Ça change complètement la réponse à la question du départ. La bonne question n'est pas « quel jeu va marcher ? » mais « sur quel jeu je vais être moi-même ? ». Et pour ça, un jeu qu'on connaît déjà, c'est plutôt un avantage.

Puis Lara, encore et toujours

Dès la mi-novembre 2023, j'enchaîne avec Rise of the Tomb Raider. D'autres jeux suivront, dont The Witcher 3, auquel je consacrerai un article.

Et puis il y a eu le 14 février 2024. J'attendais ce moment depuis des années, à guetter la moindre nouvelle d'une version remasterisée qui semblait ne jamais arriver...

Saint-Valentin avec la plus bonne de mes copines

Ce jour-là sort Tomb Raider I-III Remastered : les trois jeux de mon enfance, remis à neuf !!

Je suis aux anges et je lance le live le soir même : « ❤️ Saint-Valentin avec la plus bonne de mes copines ». Je passe donc la soirée avec Lara et ma commu.

Je trouve qu'il y a quelque chose de juste là-dedans. J'avais commencé quatre mois plus tôt sur un jeu dont je ne comprenais pas trop le fonctionnement, en espérant que le chat vienne m'aider. Et je me retrouve là, devant les jeux qui m'avaient donné envie de jouer près de trente ans plus tôt, avec des gens venus pour moi.

Le Tomb Raider de 1996, lui, me fait toujours autant sursauter. Je passe un moment formidable en live : je rigole, je suis émerveillée, je crie. Cette sensation de nostalgie est indescriptible.

Le confort d'un côté, l'enfance de l'autre. Ce ne sont pas les mêmes Tomb Raider, et ce n'est pas la même Aude qui y joue.

À lire aussi : Comment je me suis lancée dans le streaming : mes débuts sur Twitch.